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Entre l'amour et la mort

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  • Entre l'amour et la mort

    Le soleil tapait fort ce mercredi après-midi quand elle l'a rencontré. Il n'avait pourtant rien de spécial; une dégaine presque négligée, une cigarette roulée entre ses doigts jaunis et de grands yeux noisette mélancoliques. Tout c'était passé presque sur un malentendu; une insignifiante histoire de billets de train échangés avait abouti à une brève conversation et un échange de numéros de téléphone. Emily ne sais même plus comment ils en sont venus à se revoir régulièrement, à faire l'amour comme des fous sur un fond de musique funk, à manger des tartines de chocolat à deux heures du matin ou à passer la matinée au lit entrelacés. De toute façon, qu'importe, la seule chose qui compte, c'est qu'elle aime.
    Elle l'aime comme elle n'a encore jamais su aimer aucun homme malgré une multitude d'histoires amoureuses pleines de bonne volonté. Elle l'aime comme si son âme était inscrite dans la sienne et qu’ils leur suffisaient d'un regard pour se comprendre. Après des années difficiles parsemées de lourdes périodes de dépression couvertes de médicaments, de thérapies en tous genres et d'actes d'appel au secours, Emily avait l'impression de trouver pour la première fois au travers de cette relation fusionnelle un sens à sa vie. Il était le renouveau qu'elle attendait depuis si longtemps. Sa présence lui permettait de se sentir vivante. Son odeur l'enivrait à chaque instant. Ses paroles s'ancraient à jamais dans son cœur; et son corps dans sa chair.
    Malgré les regards amusés et attendris des passants qui les croisaient au coin des rues, les sourires conciliants de leurs proches heureux de les voir si épanouis et les moments de bonheur inoubliables vécus ensemble en l’espace de seulement quelques mois d’extase ; il a mis, sans l’ombre d’un regard en arrière, fin à leur relation si fusionnelle.
    Encore une fois, Emily ne sait plus très bien comment ça s’est passé ; les souvenirs sont flous et la mémoire se dissipe comme un mécanisme d’autodéfense face à la douleur. Peut-être qu’il était de moins en moins disponible… son téléphone de plus en plus souvent éteint… son regard presque toujours ailleurs ; comme déconnecté. Et puis il y a cette fameuse histoire de drogue, comme une ombre au tableau, qui n’y est pas pour rien. Après tout, ça faisait longtemps qu’il y touchait, de « temps en temps » disait-il, probablement plus souvent qu’il ne l’estimait pensait-elle… Et maintenant il y a cette autre fille ; cette parfaite inconnue qui enlace son corps, mordille sa bouche, caresse ses mains ; cette parfaite inconnue qui possède ce qui lui appartenait du plus profond de son âme il y a encore quelques temps à peine. Il marmonne que ce n’est qu’une relation passagère, une histoire de sexe, une frivolité réconfortante, mais qu’importe ? Les images sont ancrées en elle et la poignardent à chaque instant. Les mots se répètent continuellement dans sa tête et lui font l’effet d’une défenestration.
    Lui :
    Ce n’est pas toi Emy. C’est moi le problème. J’suis pas prêt tu sais. Tout est allé trop vite, ça me fait peur. Et puis tu sais je n’ai pas le temps pour une relation… on ne vient pas du même milieu toi et moi. J’suis pas un gars pour toi, je te ferai du mal…

    Elle (en pleurs) :
    Je… je ne comprends pas. Je ne comprends plus. Tu es toute ma vie. Sans toi plus rien n’a aucun sens. J’ai l’impression de vivre un cauchemar… Je…

    Lui :
    Arrête Emy, putain !

    Elle (en pleurs, hurlant) :
    Arrête quoi ? Je ne peux pas arrêter de t’aimer. J’suis en train de te dire que j’ai mal, que j’ai mal bordel ! Je t’en supplie Jo… !

    Lui (froidement) :
    Je suis désolé. Je ne peux rien faire Emy. Apprend à vivre sans moi maintenant. Tout est fini.

    « Tout est fini », ce sont bien les mots déchirants qu’il a prononcé.
    Les jours qui ont suivi cette conversation ont été pour Emily comme déconnectés de la réalité. La jeune femme dans un tel état de choc se sentait comme anesthésiée, dans un état second indescriptible. Elle ne percevait plus aucune émotion, plus aucun sentiment ; c’était exactement comme si le monde était soudainement devenu d’une fadeur la plus extrême au point de ne plus permettre de quelconques sensations. Il lui a fallu une dizaine de jours pour qu’Emily reprenne conscience progressivement de la réalité et réintégré le monde des vivants.
    Le monde des vivants est cependant plus sensible que jamais et peupler des plus affreuses souffrances ! Jamais la jeune femme n’aurait pensé avoir si mal au point où aucun médecin, aucun médicament, aucune thérapie, ne puisse l’apaiser, ne serait-ce qu’un instant. La solution lui est alors apparue de la façon la plus évidente qu’il soit. Elle souriait presque en pensant à la douce idée de la mort ; le regard encore baigné de larmes.
    Mourir… Ô combien le dessein de ce long sommeil lui était réconfortant ! Ô combien l’absence d’existence terrestre lui paraissait adoucissante !
    Alors, doucement, elle prit ce couteau qu’elle enfonça avec soulagement dans sa chair. Ses bras tremblaient de douleur au contact de l’arme fatale mais son cœur bien plus meurtrie avait catégoriquement décidé ne plus vouloir s’accrocher à la vie. C’est dans la plus grande solitude que sa poitrine fragile poussa son dernier souffle pour laisser son âme s’en allait. Entre ses doigts humides, on pouvait percevoir quelques photos tâchées de sang sur lesquels apparaissaient fièrement l’homme qui avait su lui donner la vie… mais aussi la mort.


    Gabrielle ©
    Plume d'amour and Carolina like this.

  • #2
    autant ton poème sur le bac m'a laissé pantois, autant là j'ai plus de plaisir à écouter Diam's - par amour c'est beaucoup trop froid, mets y de toi
    Gabrielle and Carolina like this.

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