Annonce

Réduire
Aucune annonce.

Descente aux enfers d'une femme amoureuse

Réduire
X
  • Filtre
  • Heure
  • Afficher
Tout nettoyer
nouveaux messages

  • Descente aux enfers d'une femme amoureuse

    Il est déjà tard quand Amélie ouvre les yeux. Elle ressent toujours cette vive douleur dans la poitrine, ce poids qui l’accable, depuis plusieurs jours déjà. Elle a compris… Elle a tout tenté… Il ne veut pas d’elle.
    Se mettant en boule dans son lit, elle se remémore sa rencontre avec cet homme qui allait la transformer, et changer sa vie à jamais. David… Elle a croisé son regard un soir, dans un bar bondé, et a tout de suite été captivée par la beauté singulière, sombre, mystérieuse, de cet homme. Il semblait ne même pas l’avoir remarquée, ses yeux avaient simplement glissé sur elle avant de s’arrêter sur l’une des jeunes femmes qui lui tournaient autour en riant bêtement, telles un troupeau de poules vulgaires caquetant autour de leur coq.
    Amélie avait alors senti quelque chose d’étrange se produire en elle, elle s’était sentie d’une légèreté absolue, et avait instinctivement su : c’était lui. C’était lui, cet homme qu’elle avait toujours attendu, elle en était sûre maintenant. C’était lui, et si elle n’arrivait pas à le conquérir, elle en mourrait.
    Amélie grimace à ce souvenir. La tristesse qui l’accable est immense, elle n’arrive même plus à parler, à bouger, elle est comme inerte, étendue sur ce lit froid. Elle se tourne de l’autre côté, cherchant désespérément à se rendormir pour fuir la réalité, cette réalité si horrible qu’elle lui devient insoutenable.
    Mais le sommeil ne vient pas, et de nouveaux souvenirs s’imposent à elle. Elle revoit le premier jour où elle a réussi à aborder cet homme, dans le même bar, dix-sept jours plus tard. Depuis cette première soirée où elle avait été hypnotisée, elle était retournée chaque soir dans le bar, y passant des heures, s’épuisant d’amour. Elle n’avait pas eu le cran de l’aborder alors… Mais un soir, David a de nouveau franchi la porte de ce bar, accompagné de quelques amis. Son cœur avait fait un bond dans sa poitrine, elle savait que ce soir, elle devait se lancer, afin de ne pas vivre comme un fantôme pendant deux semaines de plus. Elle avait alors observé cet homme mystérieux pendant une longue heure, essayant de s’imprégner de ses traits, de graver son visage si harmonieux dans son esprit à jamais. Elle s’attardait particulièrement sur ses lèvres pourpres, sa mâchoire affirmée recouverte d’une légère toison noire, ses yeux très sombres, indéchiffrables, et ses cheveux aussi noirs qu’un corbeau.
    Après avoir rapidement bu quelques verres afin de se donner du courage, elle avait marché d’un bon pas et s’était plantée devant lui, en faisant en sorte de paraître bien plus assurée qu’elle ne l’était réellement. Elle se souvient parfaitement de tout… Elle avait alors discuté avec lui pendant plusieurs minutes, tentait d’en apprendre plus sur lui, de faire qu’il s’intéresse à elle, en vain. David –elle venait d’apprendre son prénom- restait désespérément laconique, répondant à ses questions par quelques mots brefs, ne faisant aucun effort pour nourrir la conversation. Amélie obtint finalement de le revoir le lendemain, pour un dîner en ville. A partir de ce jour, elle n’alla que d’échecs en échecs…
    Amélie se recroqueville dans son lit, essayant de se rendre minuscule, de disparaître de ce monde. Elle ne souhaite pas repenser à la suite de l’histoire, car cela lui ferait tellement de mal… Mais, de nouveau, comme possédée par son passé, des images s’imposent à elle.
    Après ce dîner catastrophique, où David avait passé le plus clair de son temps sur son téléphone, ils marchèrent en ville pendant une vingtaine de minutes. David s’arrêta ensuite devant la porte d’un immeuble sombre, sortit ses clés, et commença à ouvrir la serrure. Se retournant vers Amélie, il la vit avec un air de chien battu, une tristesse profonde dans le regard, accompagnée d’incompréhension. Alors, il prononça ces mots, ceux qu’Amélie espérait, et en même temps redoutait : « Tu veux monter ? ». Elle acquiesça timidement, et se retrouva bientôt dans la chambre de cet homme qu’elle vénérait.
    D’une main rude, sans un mot, il commença à la déshabiller. Elle ne broncha pas. Il l’allongea sur le lit, en la poussant presque, s’étendit de tout son poids sur elle, et s’immisça en elle. Elle ne broncha pas. Après un court rapport brutal, sans tendresse, David remercia Amélie, toujours sans un mot, en lui tendant ses vêtements. La jeune femme se rhabilla rapidement, sans un mot, et sortit. Une fois dehors, elle pleura… Elle pleura toutes les larmes de son corps, dégoûtée par ce qu’elle venait d’accepter, par amour pour un homme qui visiblement n’avait pas une haute estime d’elle.
    S’ensuivirent des semaines, puis des mois se déroulant sur le même schéma, sans qu’Amélie ait le courage de dire stop. Son corps meurtri par ces dizaines de rapports violents et sans amour, son cœur en miettes à cause de l’indifférence de David, son estime piétinée, Amélie espérait toujours, au fond, que cela changerait et que cet homme dont sa vie dépendait à présent, commencerait un jour à l’aimer, à la protéger, à être gentil avec elle.
    Puis un jour :
    « - Bon, Amélie. C’est fini. On ne se verra plus. Je suis avec une autre. Bon courage pour la suite.
    • Quoi ? Mais… Comment ? Pourquoi ? Non… Non… Ce n’est pas possible ! Nooooooooon ! »
    Et voilà. Sa vie avait basculé, en une fraction de seconde, elle était en sursis depuis trois semaines à présent. Elle se souvient très bien de la manière dont David avait tourné les talons, après avoir prononcé cette phrase qui, sans le savoir, avait signé son arrêt de mort. Pas un regard, rien. Il ne l’a plus jamais recontactée.
    Alors Amélie, plongée dans ses souvenirs et ne supportant plus la douleur, dans un dernier effort, se lève et va dévaliser son armoire à pharmacie. Elle prend tout ce qu’elle trouve… Beaucoup de somnifères notamment. Et dans un dernier élan de désespoir, elle attrape une grande bouteille d’eau, et avale tous ces cachets. Tous, jusqu’au dernier. Puis elle s’allonge par terre, sur le carrelage froid. Et elle attend, elle attend. Quand elle sent le manteau sombre et glacial de la mort l’envelopper, elle sourit. Car elle sait qu’elle a fait le bon choix…


    Gabrielle ©

Les Poèmes

Réduire

Chargement...
X